PROCESSUS, RECHERCHES ET MOTIFS RÉCURRENTS
30 mai 2025

PROCESSUS, RECHERCHES ET MOTIFS RÉCURRENTS

Mon rapport à l’image est avant tout un rapport polymorphe, au croisement de plusieurs médiums et matérialités, prenant en charge le caractère profondément polyphonique et mouvant du réel. L’image photographique –  archives ou prises de vues spontanées – est récoltée comme le matériau ou la matière première d’une pratique où l’image est toujours à la fois du visible et de l’imaginaire incarné.

Dans ma pratique, l’endroit de la création est l’endroit de l’assemblage ou de l’hybridation entre des images, des matérialités, des mots, des imaginaires, des espaces, des publics,… Sur le plan plastique autant que théorique, je m’intéresse à ce que génèrent ces cohabitations dans les expériences perceptives.

Désacralisée et elle-même protéiforme – j’aime réactiver une même prise de vue dans des formats, des matérialités et des assemblages différents – l’image photographique agit comme un point d’ancrage pour manifester l’inscription dans le réel (au sens de « terrain ») des parts métamorphique, hybride et imaginaire qui le constituent. Certains motifs reviennent de façon récurrente, comme les notions de transmission et de métamorphose ;  l’idée d’une mémoire cellulaire et incarnée ou incorporée ; la cohabitation voire la confusion des règnes minéral, végétal, animal et humain,…

Certains projets récents ou en cours m’ont amenée à interroger les notions de processus et de perception au-delà des plans théorique et plastique, en déployant des protocoles de création et des dispositifs de monstration qui interrogent le rapport au spectateur et  prennent en charge mon désir de porosité entre l’espace de l’artiste et celui des spectateur.ice.s. La récente cocréation de « Forêt Paisible » avec la pianiste Marie Havaux en est un exemple, où la scénographie a été pensée comme un espace de psychomotricité et d’exploration sensorielle pour le jeune public invité à partager le plateau avec les chanteureu.se.s lyriques.

Mes recherches sur le terrain de la pédagogie m’ont par ailleurs menée à envisager le processus lui-même comme un endroit de porosité entre création et transmission. Intéressée par l’idée de créer des méthodes de mise au travail qui tiennent lieu à la fois de dispositifs pédagogiques et de protocoles de création artistique, j’ai par exemple développé un protocole que je propose à mes étudiant.e.s et que j’explore par ailleurs dans une recherche expérimentale personnelle.  Le processus en question repose sur l’intervention de l’aléatoire par l’intermédiaire d’un jeu de dé pour maintenir la dynamique processuelle et systématiquement déjouer la tendance à cristalliser les formes. Il s’agit de favoriser un processus expérimental en arborescence, très certainement habité par des forces convergentes, mais dont il est néanmoins d’autant plus difficile de présumer la finalité, au sens de « résultat ».

Enfin, première concrétisation d’un duo formé avec Morgane Denzler, le projet collectif « Dorica Castra » vise à montrer et valoriser le processus lui-même, à explorer les enjeux de la cocréation avec les publics et à redéfinir les rapports artiste-public-œuvre. Curaté par Caroline Lossent du Musée Nicéphore Niepce (Chalon-sur-Saône) le projet est également porté par les photographes Marielsa Niels et Valérie Frossard ainsi que par les chercheuses théoriciennes Anna Bationo-Tillon, Raphaëlle Bertho et Muriel Prévot-Carpentier. Le projet se déroulera sur 2026 et 2027 sous une forme que l’on pourrait nommer « résidence-expo-action ».