peut-être est-ce l’histoire d’un phénix
11 octobre 2022

 

PEUT-ÊTRE EST-CE L’HISTOIRE D’UN PHÉNIX


Livre d’artiste plié à la main,
imprimé sur papier japonais Kozo (fibres de mûrier)
et collé à l’amidon de riz.
Texte et cyanotypes.
8 exemplaires signés, 2022
À consulter au Centre du Livre d’Art de Boisfort
Distribué au Tipi Book Shop (sold out)

 

 

 

Ce travail mobilise la figure du phénix pour raconter le temps cyclique, toujours à la fois variation et invariable. Le phénix a cette particularité de brûler et renaitre de ses propres cendres. Il traverse une métamorphose profonde pour revenir à soi-même, identique et à la fois nécessairement différent.

 

Par la répétition d’une même photographie en une série de 16 variations – tantôt importantes, tantôt minuscules – je cherche à donner corps au passage d’un temps profondément long, marqué par d’infimes et infinies variations. Le temps verbal et humain, un temps instantané, perçu, intime, est pris en charge par le travail du texte dont la co-présence avec l’image métamorphique vient raconter le temps dans toute son épaisseur, dans ses dimensions conjointement abstraites, infinies, et foudroyantes. Le livre-objet se plie et se déplie pour faire commune mesure, physiquement, entre ces mouvements-temps macrocosmiques et microcosmiques.

 

Fendre le brouillard
Au-delà il y avait un gouffre
Comble le feu
Filants.
Fuse

Fût-ce la neige pour apaiser
Tout
Maux
Maison, matin, mot
Mue.
Le serpent change de peau.

Il faut d’abord dégorger
Ecorcher
Sang-sève

La nouvelle écorce croute,
C’est une boule de peau sans racine

Et les petites fleurs blanches

Trop fine encore la forêt brûle

Quand on pût y voir à nouveau clair

Cendre et au centre

Toujours feu

Peut-être est-ce l’histoire d’un phénix

 

 

La création d’une version de ce travail – l’une des versions possibles… – pour un accrochage d’exposition, a été pour moi l’occasion de penser la façon dont la forme du livre, avec ses recoins et ses plis, permettait d’incarner physiquement ma perception du mouvement-temps et de la métamorphose. Il ne s’agissait donc pas de reproduire les 16 images et le texte pour les donner à voir, mais bien de penser un dispositif en volume qui puisse incarner mon propos dans l’espace. Partant du désir de manifester la métamorphose par un rapport de variations et d’épaisseur, j’ai choisi de superposer (avec un écart de 20 cm environ) deux tirages d’une même image, l’un sur papier Kozo (le même papier dont est fait le livre) et l’autre sur un tissu de soie très fin. La superposition par effet de transparence provoque une perception de l’image en trois dimensions, tandis que leurs matérialités et leur mise en mouvement (la soie vole dès que l’on s’approche de la pièce) prend en charge l’idée d’une métamorphose continue, cyclique et polyrythmique.

Cyanotype scanné et imprimé sur papier Kozo et soie. 90×130 cm

Suspension sur tiges métalliques. 

Vue d’expo: « Chambres avec Vues », Abattoirs de Bomel – 2022